25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 09:25

BRÉSIL

Jean-Claude Gerez - publié le 21/04/2011

Communication plus musclée, chanteurs médiatisés, l’Église catholique, encore majoritaire, adopte les recettes évangéliques pour contrer leur expansion.

Au Brésil les prêtres chanteurs ont un gros succès. Une façon pour l'Eglise de voler la vedette aux évangéliques. © Jean-Claude Gerez

Au Brésil les prêtres chanteurs ont un gros succès. Une façon pour l'Eglise de voler la vedette aux évangéliques. © Jean-Claude Gerez

 

« Vous voyez cette rue qui entre dans la favela ? Il y a 10 ans, il n’y avait ici qu’une église catholique et une église baptiste. Aujourd’hui, on compte trois églises évangéliques, et l’Église universelle du règne de Dieu (Eurd), surnommée la « Pieuvre » au Brésil, est en train d’aménager un second temple pour faire face à l’affluence de nouveaux fidèles. Cette rue populaire de Salvador de Bahia symbolise l’avancée inexorable des évangéliques et des pente­côtistes dans ce pays, comme sur le reste du continent. À tel point que, dans certaines banlieues très pauvres des grandes villes, on peut trouver une proportion de 80 temples évangéliques pour cinq églises catholiques ! » Depuis les années 1980 qu’il étudie le phénomène, Cândido da Costa da Silva, docteur en théologie et enseignant à l’université catholique de Bahia, dans le nord-est du Brésil, a vu ces mouvements protestants s’imposer progressivement dans le paysage religieux continental et les problématiques devenir plus aiguës. Face à une Église catholique encore majoritaire mais menacée de voir la situation s’inverser d’ici à 2050, l’Église évangélique a bâti sa force sur quelques règles simples. 

« Avec des messages clairs comme “Le Christ te sauve” ou “Dieu peut transformer ta vie”, leur prédication est
efficace, souligne Leonildo Silveira Campos, docteur en sciences des religions à l’université méthodiste de São Paulo. Mais c’est plus encore la promotion de la “théologie de la prospérité”, considérant les bienfaits matériels, la richesse, la santé, comme des signes de la bénédiction divine, qui a séduit les nouveaux fidèles, en particulier – mais pas seulement – les couches les plus défavorisées de la population. » Cette théologie est diffusée dans des milliers de petits temples implantés au cœur des quartiers pauvres. « Cette proximité permet de créer des liens sociaux et des solida­rités, voire des structures qui se substituent parfois à l’absence de services publics. » Une dimension locale qui n’empêche pas l’Église évangélique de développer une stratégie globale, médiatique et politique. Au Brésil, par exemple, l’Église universelle du règne de Dieu génère un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros, possède la troisième chaîne de télévision du pays, 30 radios et quotidiens nationaux et compte 21 députés regroupés au sein du parti ­républicain (PR). Une situation que l’on retrouve dans d’autres pays, comme l’Argentine, le Guatemala et le Mexique, avec les Légionnaires 
du Christ, catholiques, cette fois, et présents eux aussi dans les médias et dans la politique.

Face à cette situation, l’Église catholique sud-américaine s’est divisée en deux grandes tendances. « D’un côté, on a vu apparaître des évêques incarnant une ligne plus conservatrice », explique Jung Mo Sung, théologien brésilien et économiste, qui enseigne à l’Institut théologique de l’université méthodiste de São Paulo. « Ces derniers appartiennent à des mouvements comme l’Opus Dei au Pérou ou les Légionnaires du Christ au Mexique. » Remplaçant progressivement les prélats inspirés de la théologie de la Libération, ils ont clairement recentré leur action sur le spirituel, convaincu que c’est la démarche sociale et poli­tique de l’Église qui a entraîné une perte massive des fidèles au profit des évangéliques. « L’autre tendance est le maintien de l’option prioritaire pour les pauvres. Elle est incarnée par trois types de personnes : des prélats souvent isolés, comme Mgr Kräutler, au Brésil, Mgr Barreto, au Pérou, ou encore Mgr Ramazzini, au Guatemala, généralement très impliqués au côté de la société civile ; des laïcs, actifs dans les Communautés ecclésiales de base (Ceb) encore bien présentes, notamment au Brésil et dans les pays andins, et une nouvelle génération de théologiens, travaillant sur des thématiques comme l’environnement, la femme ou encore les peuples indigènes. »

Sur la forme aussi, l’Église catholique a fait son aggiornamento, en faisant appel à l’Institut brésilien du marketing catholique (IBMC), situé à Campinas, dans l’État de São Paolo. Créée en 1998 par Antonio Kater Filho, un théologien spécialiste en marketing et militant du mouvement catholique du Renouveau charis­matique, cette agence présidée par Mgr Tempesta, l’archevêque de Rio de Janeiro et sollicitée par quelque 120 diocèses du pays, est devenue un « laboratoire » de la contre-offensive menée par l’Église catholique bré­silienne contre les évangéliques. « Accueil, communication, argent… Tout doit être repensé », assure celui qui a fondé l’IBMC après avoir assisté au… prêche d’un pasteur d’une église pentecôtiste et mesuré « tout ce qui séparait, en terme d’efficacité, l’Église catholique des autres Églises. » Antonio Kater Filho assure, par exemple, qu’« il faut offrir aux fidèles un meilleur accueil : sièges confortables, air conditionné, places de parking, sonorisation, etc. » Et revoir la communication. « Alors que les pasteurs pentecôtistes s’expriment avec émotion, les prêtres, eux, parlent une “théololangue” pleine de concepts philosophiques que personne ne comprend. Il faut que leurs discours soient plus modernes. »

Un souffle de modernité. Voilà ce que représentent aujourd’hui les prêtres chanteurs du Renouveau charismatique, une « concession » du ­Vatican pour contrer les évangéliques sur leur propre terrain. Avec une indiscutable réussite, puisqu’au-delà du succès planétaire du père Marcello Rossi, capable de déplacer plusieurs dizaines de milliers de personnes à chacun de ses concerts et devenu l’un des plus importants vendeurs de disques de la planète, les « stars » se bousculent. Comme le père Fabio de Melo, meil­leure vente d’albums pendant trois années consécutives dans un pays, le Brésil, comptant des dizaines d’ar­tistes reconnus internationalement. Ou encore le père Reginaldo Manzotti, vedette de la musique catholique, conscient de son rôle. « L’Église catholique évolue, assure-t-il. Face au désir des fidèles de vivre leur foi dans la joie, elle a compris la nécessité de faire appel aux médias et aux chanteurs pour évangéliser. Car les gens ont besoin de sentir la présence de Dieu autrement qu’à l’intérieur d’une paroisse. » Y compris à travers le petit écran.

C’est, en tout cas, le pari que relèvent TV Canção Nova et RedeViva, les deux principales chaînes catholiques du Brésil. Malgré des parts d’audience nettement inférieures à sa principale concurrente évangélique TV Record, RedeViva a entrepris depuis une demi-douzaine d’années la couverture en émetteurs de l’ensemble du pays, grand comme 17 fois la France. « Nous sommes une chaîne catholique, mais nous offrons des programmes généralistes, précise João Monteiro de Barros Neto, le directeur. Mais nous avons au moins 10 ans de retard sur nos confrères de la chaîne brésilienne TV Record, tant d’un point de vue technologique qu’en termes de qualité et de complémentarité des programmes. D’ailleurs, nous nous inspirons de leur expérience et nous les considérons comme un modèle de professionnalisme, en espérant par­venir rapidement à atteindre notre objectif d’une couverture géographique minimale de 80 %. C’est indispensable, car les médias, et la TV en particulier, sont stratégiques pour freiner l’hémorragie des fidèles. »

Une vague protestante déferle sur le continent

Près de 500 millions de catholiques. L’Amérique latine est encore aujourd’hui le continent qui compte le plus de fidèles.

120 millions de protestants évangéliques
. Ils représentent 20 % de la population d’Amérique latine et centrale, et sont en forte progression. 
- En Amérique centrale, leur croissance en 10 ans a été fulgurante, comme au Nicaragua (26 %), au Honduras (36 %) et au Guatemala (40 %).
- Au Brésil, ils sont entre 18 millions et 24 millions, soit 19 % de la population (source Institut brésilien de géographie
et de statistiques 2010), sans compter les « butineurs », de plus en plus nombreux, qui passent d’une Église à l’autre.
- Au Pérou, leur nombre est estimé à 12,5 % de la population et au Chili, à 28 %.

C’est le pays sud-américain qui compte le plus fort pourcentage, d’après les chiffres du Conseil latino-américain des Églises.

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Published by Orthodoxes d'Europe - dans Foi et sacrements

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