10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 05:39

Mère de toutes les fécondités, elle est la grotte, comme l'intime de la Terremère que le Christ illumina de l'intérieur. Comme une lampe sous le boisseau, avant de rayonner sur le monde. Elle reste le pays natal d'où sourd et cascade l'eau lustrale. Elle instaure la paix. Là où fermentaient les venins, les poisons, les peurs - monstres et démons - règne la merveille, la femme hospitalière à l'enfant des fièvres et des délires.

Mère qui alimente, restaure et rassasie, elle est la nourricière. Cet enfant que la femme a mûri le temps de neuf mois bien ronds, lui communiquant par osmose le meilleur d'elle-même, le voici ! A peine issu d'elle dans le sang, les sanies et les douleurs, il est élevé à ses lèvres et placé au sein, blotti contre elle, au plus étroit, peau à peau, dans un cercle de silence magique : instants de plénitude. Elle respire l'odeur soûlante de cette part de son corps si proche et cependant autonome
- le cordon est définitivement tranché.

L'enfant lui tend sa bouche avide à combler, lui offre ensuite sa béatitude repue, scandée de soupirs replets, ses paupières lourdement closes, ses sourires intermittents tel un signal allumé de loin en loin, pour confirmer la présence. Petit de femme, petit de Dieu. 

Viendront plus tard d'autres nourritures, plus subtiles : chansons, mots d'amour, tendres litanies enfilées comme perles. La langue humaine coulant d'amont, de bien plus haut que soi, irriguant la race, passe d'un corps à l'autre, fabuleuse. Relais. Mère et enfant goûtent le suc des vocables, les nuances et les finesses, la maîtrise du fil de la phrase, les jeux et acrobaties. Choc de mots, étincelles, révélations - éblouissements et troubles. Le dialogue s'instaure entre deux consciences, cherchant une voie dans la confusion des sensations, des sentiments, des idées. En prenant appui sur la parole offerte, la mère invite à rebondir, aller plus loin, tracer. À cheminer, tantôt de concert et tantôt solitaire. À lire et à relire sa vie aussi bien qu'à déchiffrer l'univers. Elle transmet les héritages - savoir-faire et valeurs invétérées. Oui, elle allaite à jamais. Elle assure l'amour de loin, nourrissant encore et toujours, en toute discrétion. Je suis là, dit-elle, tu le sais, même si je ne t'adresse plus de signe éclatant. Tu peux compter sur moi à la vie, à la mort. 

Mathématique paradoxale : ce que je divise apparemment, ce que je donne à d'autres ne t'est pas enlevé, mais se trouve décuplé. Chaque enfant, unique, s'inscrit dans la partition familiale, et l'enrichit de sa note personnelle. Au noeud de cet assemblage multiple et sin=gulier naît une famille.

Mère et père. Au lieu de sacrer, de consacrer un seul sexe, qu'on célèbre l'alliance ! La force de la vision androgyne - homme et femme ensemble - est d'incarner tout à la fois les qualités jadis attribuées à l'un ou à l'autre, en vertu d'une tradition très relative, fort contestable. Mère-père. Douceur et fermeté. Chacun capable de tenir le gouvernail aussi bien que de dormir dans la cale lorsque l'autre prend le quart. D'avancer en tête et de fermer la marche. De concevoir et de réaliser. Elle élève la grosse voix comme il chante à notes claires. Elle/il dévide les comptines et repousse les ombres, il/elle gagne le pain et le distribue. Elle taille, élague, arrose, tout comme il s'assoit au jardin afin de rire à la brise, aux roses trémières balancées dans la lumière.

Ils rejettent tout écrasant matriarcat, et lui préfèrent un incessant dialogue - flux et reflux - qui n'exclut rien ni personne. Ils ne se cantonnent pas à un pôle, à un rôle, mais vont de l'un à l'autre, souplement. En toute audace.

extrait du chapitre Célébration de la Mère de Colette Nys-Mazure dans Célébrations chrétiennes (Albin Michel)

http://www.servicedulivre.be/fiches/n/nys.htm

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Orthodoxes d'Europe - dans Actualité à méditer

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