16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 12:31

 

association des amis de QIYUNSHAN

Chronique n°5 de Bernard Besret

 

L’an dernier, Hervé Queille, journaliste au Télégramme de Brest est venu m’interviewer à l’occasion du cinquantième anniversaire du Concile Vatican II. Il se souvenait du rôle, certes très modeste que j’y avais joué en tant que conseiller de quelques évêques français et belges, en particulier pour le texte sur la vie religieuse. Je lui racontais alors comment dans les années suivantes j’avais été amené à créer  la Communion de Boquen avec mes amis. Le mot « communion » n’était pas encore à la mode. En l’évoquant, j’ai soudain pris conscience du caractère prophétique que pouvait revêtir l’expression. Préférer la communion d’esprit à la communauté institutionnelle. Préférer l’esprit de l’évangile, dans la mesure où il nous est accessible, aux structures secrétées par deux millénaires d’histoire du christianisme.

L’esprit de liberté intérieure et de paix entre les hommes (pour faire court) peut être partagé par tous les hommes et les femmes de bonne volonté, quelle que soit leur religion, leur philosophie, leur milieu social ou leur appartenance nationale. L’esprit est ouvert. L’institution est clivante. L’esprit peut être universel, l’appartenance à une religion engendre presqu'imanquablement l’opposition à ceux qui, de façon identitaire, se revendiquent d’une autre religion. D’où les guerres de religion, sous leurs diverses formes. Les institutions sont certes nécessaires mais à condition qu’elles restent des moyens au service de l’esprit qui les inspire et non qu’elles deviennent des fins en soi.

Deux événements donnent à ces réflexions intemporelles une certaine actualité.

Tout d’abord l’élection du Pape François. Impossible de ne pas penser à celle du Pape Jean XXIII que j’ai vécue alors que je vivais à Rome. Même stupeur du nom inattendu qui sortait du chapeau. Même problèmes vestimentaires (pour Jean XXIII, les religieuses chargées de préparer les soutanes blanches, obnubilées par la figure longiligne de Pie XII, n’avaient pas prévu l’élection d’un petit rondouillard. Il fallut donc attendre qu’on rafistole les soutanes disponibles. Pour le Pape François, il a probablement fallu bien des discussions pour que les Monsignori chargés du protocole acceptent qu’il paraisse en simple soutane sans tous les atours de la fonction papale qu’il récusait en tant que simple évêque de Rome ! Dans les deux cas il fallut attendre avant qu’il ne puisse paraître au balcon !

Mais la similitude ne s’arrête pas à cet aspect anecdotique. On ne peut pas attendre du nouveau pape qu’il remette en cause les dogmes du catholicisme romain, sauf peut-être les trois derniers sur l’Immaculée Conception (1854), sur l’infaillibilité pontificale (1870) et sur l’Assomption de Marie au ciel (1950), qui ne sont partagés ni par les Églises Orthodoxes, ni par le protestantisme occidental. Sur le plan de la morale individuelle, on ne peut s’attendre qu’à des inflexions minimes, limitées sans doute au domaine disciplinaire (comme l’interdiction faite aux divorcés remariés de communier). Mais on peut attendre de lui qu’il remette au cœur de la vie de l’Église, le souffle de l’esprit qui apparaît avoir été celui de Jésus, tel qu’on peut le connaître à travers les évangiles. En faisant ce choix, il relativisera par le fait même tout l’appareil institutionnel que l’Église a édifié depuis l’Empereur Constantin au début du IVe siècle. Relativiser l’institution est déjà faire un grand pas vers la conception de l’Église comme communion. L’insistance qu’il met à se présenter comme l’évêque de Rome suggère qu’il n’entend entretenir avec les autres évêques que des relations de communion et non de domination.

Le deuxième événement surgit sur internet par la publication d’un texte du frère John Martin, successeur des pères Monchanin et Le Saux à l’Ashram Shantivanam en Inde. A partir d’une expérience très différente de la mienne et avec ses mots propres, le frère Martin parvient à des conclusions très proches des miennes. (http://www.christ3000.org)

On croit parfois que je suis devenu taoïste, mais j’ambitionne surtout de ne plus être enfermé sous aucune étiquette et de cheminer vers cette liberté intérieure que tous les grands sages de l’humanité nous ont recommandé de chercher, « de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont jamais de fin » (Grégoire de Nysse).

 

 


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Published by Orthodoxes d'Europe - dans Espaces religieux

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