4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 08:42






Les chercheurs s'intéressent de plus en plus à l'athéisme et à la "non croyance". Les données statistiques de pays appartenant pour la plupart au monde industrialisé mettent en évidence de fortes différences de l'un à l'autre, notamment en Europe, et une légère progression globale de l'athéisme au cours des trente dernières années. 

Silhouette nocturne devant une église berlinoise - © 2005George Cairns - Agence: iStockphoto.

Quand il est question d'évolutions dans le domaine religieux, les grands slogans séduisent souvent: "retour du religieux", "mort de Dieu", "revanche de Dieu"... La simplicité de ces formules cache des tendances parfois simultanées et contradictoires. La prudence n'interdit cependant pas d'être attentif à des tendances, surtout quand elles se trouvent étayées par des études périodiques.

Ainsi en va-t-il de l'International Social Survey Programme (ISSP), qui coordonne des projets de recherche en sciences sociales afin d'intégrer des études nationales dans des collaborations transnationales permettant de fructueuses comparaisons. La participation inclut aujourd'hui 48 pays — la plupart des pays européens, mais aussi l'Amérique du Nord, quelques pays latino-américains, la Chine, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Israël, la Palestine et l'Afrique du Sud.

Les attitudes religieuses appartiennent à la liste des questions abordées: elles ont fait l'objet d'enquêtes en 1991, 1998 et 2008.

Sur la base des résultats ainsi recueillis, Tom W. Smith (Université de Chicago), l'un des co-fondateurs de l'ISSP et directeur du Center for the Study of Politics and Society au National Opinion Research Center (NORC), s'est intéressé à l'évolution des croyances en Dieu, à l'heure où se manifeste dans des pays occidentaux un "nouvel athéisme" aux accents engagés.

Intitulée Belief About God Across Time and Countries et publiée le 18 avril 2012, l'analyse de Smith couvre les données rassemblées dans 30 pays. Elle révèle que la croyance en Dieu demeure forte, mais a diminué dans la plupart des pays: le déclin est modeste, mais une érosion (pour l'instant très lente) touche la majorité des pays considérés. Il existe aussi des pays dans lesquels la croyance en Dieu a augmenté entre 1991 et 2008: Israël, la Russie et la Slovénie. Plusieurs pays présentent des évolutions contrastées selon les aspects considérés.

Surtout, les situations de départ varient considérablement d'un pays à l'autre. En 2008, 52,1% des habitants de l'Allemagne de l'Est disaient ne pas croire en Dieu (dont 46,1% de non croyants "forts", qui ne croient pas en Dieu, n'y ont jamais cru et refusent totalement l'idée d'un Dieu personnel); ils sont suivis par 39,9% des Tchèques et 23,3% des habitants de la France. A l'autre extrême, seuls 0,7% des Philippins, 1,9% des Chypriotes et des Chiliens, 3% des habitants des États-Unis et 3,3% des Polonais se trouvaient dans les rangs des athées.

Entre l'athéisme et la croyance inébranlable en Dieu, les données prennent évidemment en compte différentes attitudes intermédiaires. L'étude permet de noter des variations par rapport aux tendances: en Allemagne de l'Ouest, par exemple, le pourcentage de ceux qui, parmi les croyants, se disent certains de l'existence de Dieu a légèrement augmenté.

La corrélation avec les résultats pour une forte croyance en Dieu ("je sais que Dieu existe vraiment et je n'ai pas de doutes à ce sujet") montre que ce sont principalement quelques pays post-socialistes, des pays de l'Europe du Nord-Ouest et la France dans lesquels l'incroyance est forte. Bien sûr, si l'étude était également conduite dans des pays à majorité musulmane ou dans différents pays africains, les résultats obtenus conduiraient à une diversification encore plus grande des résultats, avec de forts pourcentages de croyants convaincus: les résultats statistiques des Philippines montrent bien que l'on ne peut universaliser le taux de non croyance relativement élevé de certains pays occidentaux.

Le cas des Philippines met aussi en évidence un pourcentage élevé (60,2%) de "forte" croyance en Dieu: c'est-à-dire des gens sont certains que Dieu existe, y ont toujours cru et sont convaincus de l'existence d'un Dieu personnel. Les pays suivants dans le pourcentage de forte croyance en Dieu se retrouvent loin derrière: 38% en israèel et 35% aux Etats-Unis. En queue de liste de la forte croyance en Dieu: la France (9,9%), la Hongrie (9,6%), la Slovénie (7,9%), la Suède (7,1%), la Lettonie (6,9%), le République tchèque (5,8%), le Japon (3,3%) et l'Allemagne de l'Est (2,5%).

Une constante observée par Smith est la plus forte croyance en Dieu parmi les personnes des classes d'âge les plus élevées: parmi les personnes de plus de 68 ans dans les 30 pays dont les données ont été analysées, 43% se disent certains que Dieu existent, tandis que le pourcentage est 23% parmi les personnes âgées de 27 ans et moins — à nouveau avec de fortes variations selon les pays: 54% des Américains de moins de 28 ans sont certains que Dieu existent, mais seulement 8% des Français de la même classe d'âge; 66% des Américains de 68 ans et plus partagent cette certitude, mais 26% des Français du même âge.

Smith remarque que la plus forte croyance moyenne en Dieu parmi les personnes âgées ne correspond pas seulement à une perpétuation d'attitudes déjà adoptées durant de précédentes périodes de l'existence: il y a bel et bien une augmentation de la croyance en Dieu à partir de 58 ans, souligne Smith dans lecommuniqué de presse diffusé à l'occasion de la publication de l'étude, estimant que cela est sans doute lié à une anticipation de la mort.

Nous nous trouvons manifestement sur ce plan face à des évolutions relativement lentes, si l'on en juge par les indicateurs pris en compte dans le cadre de cette étude. Des histoires nationales différentes conduisent à des situations sensiblement différentes, comme la variété des pays européens le montre.

Même si les pourcentages n'explosent pas, la part de ceux qui disent ne pas croire en Dieu marque une augmentation dans plusieurs pays occidentaux et paraît susceptible d'augmenter encore, en moyenne, dans les années à venir. Outre les manifestations activistes du "nouvel athéisme", illustrées par le Reason Rally de Washington en mars 2012, dont Richard Cimino a rendu compte sur le siteReligioscope, cela suffit à justifier l'intérêt croissant manifesté par des chercheurs pour l'athéisme et la "non religion".

Ainsi, le Journal of Contemporary Religion a récemment publié un numéro spécial — le premier en vingt-sept années de publication — sur le thème "Non-religion and secularity". Un article introductif dresse un bref état de la situation des études sur le sujet, suivi par une demi-douzaine d'études de cas. Nous avons particulièrement apprécié celui de Johannes Quack sur l'"athéisme organisé en Inde", qui offre une bonne synthèse sur l'histoire et la situation de ces groupes dans un pays où les expressions religieuses prolifèrent par ailleurs.

Signalons aussi une nouvelle revue universitaire librement accessible en ligne,Secularism and Nonreligion, dont le premier numéro est paru en cette année 2012. Les trois premiers articles — qui peuvent être téléchargés au format PDF — sont tous consacrés au terrain américain: Stephen M. Merino (Pennsylvania State University), "Irreligious Socialization? The Adult Religious Preferences of Individuals Raised with No Religion"; Christopher Smith (Seminole State College) et Richard Cimino (Hofstra University), "Atheisms Unbound: The Role of the New Media in the Formation of a Secularist Identity"; Lawton K. Swan (University of Florida) et Martin Heesacker (University of Florida), "Anti-Atheist Bias in the United States: Testing Two Critical Assumptions".




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Published by Orthodoxes d'Europe - dans Espaces religieux

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